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2009| 7 mar / 5 avr
Gerbaud/Brabant/Lavigne
Il en est ainsi des casaques, vestes, vareuses, cabans et capotes de tous genres peints et dépeints par Guillaume Lavigne. Vêtements austères vus comme une double peau, ou plutôt comme un cercueil qui attend son futur locataire. Il en est ainsi également de l'œuvre de Guillaume Brabant. Barthélémy l'écorché, patron des bouchers et des tanneurs, mélancoliques notoires, peut hautement y revendiquer sa place. Ici aussi on exhibe sa peau. On en délimite les territoires, forçant des passages vers des zones obscures, vers l'intérieur de soi, vers l'intérieur peut-être de la terre, mais sûrement vers les ténèbres. Il en est ainsi des œuvres sur papier d'Evelyn Gerbaud. L'Ombre, sortie de ses draps, dépouillée de ses oripeaux profanes et de ses peaux animales, peut s'unir au cosmos et s'agglomérer aux êtres merveilleux du rêve ou à ceux plus troubles du cauchemar. En abolissant les catégories, Evelyn Gerbaud mêle le minéral, l'animal et les choses dans un dialogue incertain, incertaine qu'une forme n'en phagocyte pas une autre dans un perpétuel et cannibale remue-méninges.
Marc Giai-Miniet
LA FACHE CACHEE DE LA MELANCOLIE

Les œuvres des trois artistes réunis pour la première fois par Michel Dubois dans sa galerie "Le Garage" sont bien différentes. Différentes dans leurs techniques, différentes dans leur échelle, leur format et leur précision. Elles s'apparentent pourtant assez familièrement à ce qu'au début du vingtième siècle on nommait à Vienne "l'Inquiétante Etrangeté du Monde" qui, mettant celui-ci en question, pouvait ébranler ses certitudes et ses vérités en distillant une angoisse certaine. Cependant il ne s'agit pas d'art "fantastique" au sens ou celui-ci fait appel à l'éventail halluciné du monstrueux. Il s'agit bien plutôt ici d'être dans l'ombre portée de la Mélancolie, plus culture de l'ambiguïté, du doute et du décalage du sens que de la fantasmagorie pure. Le noir est plus dans l'obscurité des
desseins et du propos que dans le cortège des masques grimaçants du bizarre. Les forces instinctives essentielles, Eros et Thanatos en particulier, c'est-à-dire les pulsions de vie et de mort, le devenir et le passé, le désir et la destruction, les peurs et les espoirs qui sont les points dominants de l'art depuis des siècles sont mesurés ici à l'aune d'une époque déraisonnable, semblant avoir perdu son sens et ses valeurs.
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