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Hugh Weiss
2007|  2 juin / 1er juil
« ENTRE SOUTINE ET MONDRIAN »

Tenter de cerner « L’Homme qui ne veut pas être cerné » est certes une gageure car aussitôt qu’on s’y emploie, il répond d’un grand clin d’œil lancé aux autres, au monde et surtout à lui-même.
Son débit verbal pourrait induire le contraire mais la vraie preuve de sa timidité est là : la main de Dieu le montrant nu, et Hugh Weiss ne pouvant y répondre qu’en se cachant, timide et terriblement pudique comme savent l’être (et parfois à outrance) certains hommes, au mental complexe et multiple, à l’âme trop sensible. Toute cette panoplie de cache-cache le rend aussitôt attachant, troublant et surtout insaisissable. Ce peintre « humaniste et piscivore » par excellence, nous fait côtoyer dans une composition d’une confusion parfaite, nus, son propre couple, des poissons, des pieuvres, et mille animaux étranges sortis   
d’un bestiaire onirique – à fleur de peau, un peu Jérôme Bosch, mais cette fois à portée de main d’homme. S’ils sont nus c’est par évidente nécessité, forme première de l’être face à un destin inéluctable dont la fragilité est jetée sur la toile pour être montrés « comme au premier jour », corps fragiles, plus par ce qui les entoure qu’intrinsèquement, car malgré leur impuissance face au Cosmos, à Dieu, on ressent chez eux une immortalité déjà gagnée. Pour Hugh Weiss, l’humain « fluctuat nec mergitur », ses corps revendiquent une part du divin, se refusent à être les jouets du destin, ils surnagent… et nagent encore.
De toute façon Charon n’est jamais très loin au milieu de ce chaos sulfureusement pastel, Charon… ou un simple nocher ? Dans cet enfer absurde et comique, sa peinture nous fait atteindre le paroxysme d’un expressionnisme baroque totalement moderne.
Oui, modernisme : époustouflant ! et à la clarté formidablement lisible. Un message épique en couleurs et frénésie, aux constructions imprégnées d’un jet plus que fantasque.
Mégalomane pour sûr – et alors qui ne le serait pas parvenu à un tel niveau de folie créatrice – Hugh Weiss est échappé d’une mer vague et prégnante, surfant entre Soutine et Mondrian avec la pugnacité d’un Goya.
Comme chez Soutine, nulle « salissure » n’est là par hasard mais transmet les ardeurs de feu de sang et de mort. Comme chez Mondrian, nulle sérialité combinatoire n’est interchangeable, parce que synonyme du découpage exact du champ figuratif. Et tel Goya dont les échos diversement chromatiques engendrent, ici élégance et beauté, là drame férocement barbare.
Chez Hugh Weiss donc, tout élément de la composition et tout coloris sont essentiel, uniques, inséparables de la fidélité expressionniste. Dans un monde irrationnel, il nous prouve que la rédemption de l’Homme par l’Art est possible si celui-ci prend sa destinée en main, comme taureau par ses cornes, à bras le corps – sans aide aucune mais libre, vivant.

Catherine Mafaraud-Leray, « AUTOUR DE HUGH WEISS », Revue Décharge n° 132
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