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Guillaume Brabant
2006|  13 mai / 21 mai
Il a réussi à transformer son atelier (un gentil salon de coiffure désaffecté) en abattoir. Sans doute pour répondre aux besoins galopants du commerce de proximité. Pas de quartiers !
Des carcasses encadrées sont dressées à l’étalage, livrées à notre bon plaisir de clients tortionnaires ou badauds voyeurs, des corps désarticulés, ou pré démembrés, des chairs des muscles et des tendons, des boursouflures qui sanguinolent doucement dans une pénombre de nature morte. Des femmes ou des fauteuils à la limite de l’éraflure, soigneusement préparés au scalpel sec par le Sérial Malher. Les femmes se désarticulent encore un peu dans des postures douloureuses, les fauteuils luisent d’un éclat de skaï tendu, prêt à éclater à la première touche. Dans un instant, ces restes de conforts domestiques outrepassés vont vomir les tripes. A discrétion : morceaux choisis de sujets avariés. Etudes ou équarissades ?
La peinture nous rappelle qu’elle est, en surface, affaire de tissus ou de peau. Affaire de toile, comme son cousin le cinéma quand on voit s’abattre contre l’écran les grands chevaux blessés des Westerns, ou s’y coller les petits bouts de cervelle giclés des films à la mode. On en est resté plus d’une fois calé dans le fauteuil.
La peinture est tactile. A force d’effleurer la peau, on sent parfois couler le sang dans la viande. D’ailleurs les peintres n’hésitent pas, certains vont même jusqu’à s’appeler Boucher, ou Bacon.

« Ikéo », c’est ainsi que les Sioux ont baptisé Brabant, ce qui veut dire « celui qui parle à l’oreille des fauteuils ». Il est le garant d’un vieux savoir. Il connaît le rituel de transfiguration. C’est un chaman, peut-être un sage, mais je ne lui confierai pas mon canapé ni même ma femme.

Jean-Philippe BOIN
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Cultures mortes